Des perspectives plus encourageantes

La première moitié de l’année se clôt sur des bonnes nouvelles économiques. La reprise se confirme et s’accélère en France. L’INSEE a revu à la hausse sa première estimation du PIB du premier trimestre à 0,5% par rapport au trimestre précédent, au même rythme que sur les trois derniers mois de 2016. Pour la première fois depuis 2010, la croissance du PIB français est supérieure ou égale à 0,5% deux trimestres consécutifs. La France fait à peine moins bien que l’Allemagne et la Zone Euro dont la croissance trimestrielle s’établit à 0,6%. La reprise de l’activité s’accompagne d’une envolée de la confiance des ménages et des entreprises. Dans tous les secteurs, le climat des affaires rejoint le niveau d’avant crise. Du côté des ménages, la confiance renoue avec les niveaux du milieu de l’année 2007 et dépasse désormais nettement sa moyenne de long terme. Les élections présidentielles et législatives ont fait naître une grande attente de réformes et de relance de l’activité. Le nouveau gouvernement n’en est pas moins contraint par la nécessité de ramener les dépenses publiques dans le sillage de ses engagements européens lui permettant de sortir de la procédure de déficit excessif et aussi de stopper la progression de la dette publique. Or pour atteindre à la fois le seuil de 3% de déficit cette année et au moins s’y tenir l’an prochain, si le gouvernement peut compter sur une conjoncture économique plus favorable, il devra procéder à des coupes budgétaires plus significatives. Il a ainsi annoncé des arbitrages budgétaires allant dans le sens d’économies sur les dépenses courantes et de personnels (réductions des effectifs, blocage du point d’indice, journée de carence). Ceci ne sera pas suffisant pour réduire les dépenses structurelles d’autant que se profile un programme de baisse de la pression fiscale des entreprises et des ménages, dont une partie pourrait être mise en œuvre dès 2018. Dans tous les cas la baisse des dépenses s’impose et la conjoncture s’y prête : il est en effet préférable d’assainir les finances publiques dans les phases d’accélération de l’économie, la baisse potentielle de la croissance liée à la réduction de la consommation publique pénalise moins l’activité quand la croissance est plutôt élevée.

L’élection d’Emmanuel Macron a par ailleurs permis un rapprochement France-Allemagne, les deux pays affirmant qu’ils sont prêts à renforcer leur coopération. Un conseil des ministres franco-allemand se tiendra le 13 juillet. L’idée d’une Défense européenne intégrée semble notamment y faire son chemin. Plus largement en Union Européenne, les solidarités face aux menaces et tensions extérieures succèdent aux décisions individuelles prises ces dernières années par les pays membres. Les 28 ont par exemple annoncé la conclusion d’un accord de libre-échange avec le Japon. La sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, les tendances protectionnistes plus affirmées ont contribué à renforcé l’unité européenne. De même, l’UE se retrouvent plus unie, mais aussi plus ferme à ce stade, face aux demandes britannique dans le cadre des négociations sur le Brexit.
Le deuxième semestre s’annonce sous de meilleurs auspices politiques et économiques : les élections générales en Italie semblent devoir attendre le printemps prochain ; les sondages prédisent une nouvelle Victoire à Mme Merkel aux élections du 24 septembre prochain.

C’est peut-être du côté des marchés qu’il faudra se montrer plus vigilant :

  • D’une part parce que faute de délivrer les promesses fiscales tant attendues aux États-Unis, les investisseurs risquent de revoir à la baisse des perspectives de profits des entreprise.
  • D’autre part parce que la Réserve Fédérale s’apprête à entamer un programme de réduction progressive de son bilan. Si elle s’en tient bien à ses annonces, elle devrait dès la rentrée commencer à ne plus remplacer une partie des actifs arrivant à maturité. Ce faisant, elle pourrait provoquer une remontée des taux d’intérêt à long terme.
  • Du côté de la BCE, le programme de rachat d’actifs est prévu pour se poursuivre jusqu’à fin 2017. L’inflation a continué à ralentir en juin (+1,3% contre +1,4% en mai) mais Mario Draghi, le Président de la BCE, a confirmé la reprise économique et l’existence de « forces reflationnistes » en Zone Euro. Les marchés ont interprété cette nouvelle comme un possible signe du resserrement de la politique monétaire ultra accommodante menée ces dernières années et l’Euro s’est apprécié. En Angleterre, les décisions de la Banque Centrale seront également suivies avec attention. Les prix augmentent rapidement (+2,9% en mai) mais l’inflation est davantage liée au renchérissement du prix des importations qu’à des facteurs internes. Si des pressions inflationnistes sur les salaires étaient en revanche observées, la Banque pourrait devoir remonter ses taux, actuellement à un plus bas historique. Si l’incertitude au premier semestre était portée par le risque politique, les six derniers mois de l’année pourraient marquer un retour des problématiques de marché.

Depuis la crise de 2008, le poids global des dettes accumulées par les agents publics et privés n’a pas cessé d’augmenter. Dans de nombreux cas – à commencer par les Etats-Unis – la crise de la dette privée (les ménages pris dans la tourmente immobilière) a entraîné pour la contrer un accroissement de la dette publique. Elle s’est aussi « déplacée » : des Etats-Unis et l’Europe vers l’Asie (relance massive de l’activité chinoise en 2008) notamment. Le débat porte aujourd’hui sur la nécessité ou non de continuer à supporter le poids grandissant de la dette sur les économies.

Macroéconomiste, Le BIPE – 11/07/2017

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Non classé Publié le: 21-07-2017