Une fin d’année toujours
en progression

Depuis le début de l’année, chaque mois apporte son lot de bonnes nouvelles. Ce renforcement de la tendance économique se retrouve dans les prévisions des différents instituts statistiques qui ont tous revu leurs prévisions en hausse. Le FMI dans son rapport d’automne ne fait pas exception et a relevé sa prévision de croissance mondiale à 3,6% (contre 3,5% précédemment) pour 2017 tout en envisageant une poursuite de cette dynamique en 2018 (3,7%). 75% des pays (mesurés en termes de PIB) devraient profiter de cet environnement de croissance. L’enthousiasme est partagé par les marchés financiers que rien (pas même les chocs politiques) ne semble pouvoir ébranler. Attention toutefois à ne pas verser dans l’optimisme aveugle. Nous  restons mesurés sur 2018. En France par exemple, la croissance devrait ralentir en 2018. En cause, la disparition des effets de rattrapage qui ont fait accélérer temporairement l’économie après une année 2016 plutôt morose. Le gouvernement pourrait par ailleurs profiter de l’environnement économique favorable pour implémenter des réformes structurelles pouvant peser sur la croissance (réduction des dépenses publiques par exemple).

La situation est en tout cas indubitablement plus favorable cette année dans les pays émergents. En Russie et au Brésil, les chiffres du 2e trimestre montrent que les deux pays sont bien sortis de la récession. L’inflation a nettement ralenti dans les deux pays, permettant aux banques centrales de mener des politiques de taux plus accommodantes. La faiblesse de l’inflation brésilienne traduit cependant la mollesse de la demande intérieure et indique que la convalescence pourrait durer quelques temps. L’Inde a connu une croissance en dent de scie : chute et rebond après la démonétisation fin 2016 et harmonisation de la TVA entre les différents Etats mise en place en juillet qui semble encore perturber les entreprises. La complexité de la taxe et de son mode de calcul et de perception pénalisent notamment les exportations indiennes. La croissance indienne ralentit donc et ne rebondirait qu’en 2018. La Chine a affiché une croissance de 6,8% au 3e trimestre, supérieure aux anticipations de début d’année. Ces chiffres, publiés juste pour la tenue  du 19e Congrès du Parti Communiste, confortent l’impression de contrôle de l’économie par les autorités.

Les 2 287 délégués du PCC se sont réunis pour élire la nouvelle direction du Parti et établir un plan de développement pour les 5 années de mandat. Le Congrès s’est ouvert sur un discours de plus de 3 heures de Xi Jinping, détaillant sa stratégie pour « hisser la Chine au premier rang du monde » à horizon 2050. Le président chinois a présenté un rapport intitulé sans équivoque : »assurer la victoire décisive dans la construction d’une société modérément prospère à tous les égards et œuvrer en vue du grand succès du socialisme à la chinoise pour une nouvelle ère » détaillant les objectifs politiques et économiques du PCC. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité du Plan Quinquennal voté l’année dernière et s’articule autour de trois axes principaux :

  • Poursuite de la lutte contre la corruption, la « plus grave menace » à laquelle doit faire face le PCC ;
  • Respect de l’environnement, notamment dans le cadre d’accords internationaux ;
  • Renforcement du rôle de la consommation dans la croissance chinoise et une montée en gamme de l’économie chinoise. Xi Jinping l’a clairement affirmé, le parti compte faire de la lutte contre la pauvreté un des chevaux de bataille de sa politique.

Le Président chinois a également promis un assouplissement des conditions d’accès au marché pour les entreprises chinoises. Le marché doit par ailleurs jouer un rôle plus important pour allouer efficacement les ressources et permettre au secteur privé de prendre son essor. Dans le même temps, Xi Jinping souhaite renforcer le rôle du parti communiste dans l’économie, une mesure qui paraît contradictoire avec un objectif de libéralisation de l’économie chinoise. Derrière le sentiment de toute-puissance et de contrôle de l’économie chinoise se cachent cependant des fissures qui pourraient menacer la croissance chinoise à court terme. L’endettement des agents économiques chinois atteint des niveaux très élevés, rendant la Chine très sensible à des ajustements économiques brutaux. Le problème est particulièrement sérieux chez les entreprises d’Etat dont la dette représente 115% du PIB chinois. Les surcapacités de production restent par ailleurs importantes, malgré les efforts de réduction entamés par le gouvernement.

Macroéconomiste, Le BIPE – 24/10/2017

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Publié le: 25-10-2017