Une Croissance Solide

À l’occasion de l’exercice de prévision du mois de septembre, Le BIPE a ajusté ses prévisions macroéconomiques, confirmant son scénario de reprise solide de l’activité pour 2017. Ceci est particulièrement vrai pour la Zone euro où – au vu des chiffres publiés au deuxième trimestre – l’Allemagne et l’Espagne restent sur un chemin de croissance un peu plus dynamique qu’anticipé. La situation du Royaume-Uni, en revanche, inquiète notamment à cause de l’inflation et de l’enlisement des négociations pour le Brexit. En France, les deux premiers trimestres ont été marqués par une croissance de  +0,5% en rythme trimestriel, soit une accélération à plus de 2% sur un an. Le reste de l’année devrait continuer de connaître une croissance soutenue, d’autant que s’y ajoutent des facteurs de rattrapage importants par rapport à l’an dernier : le rebond du tourisme après sa chute consécutive aux attentats de 2016, une contribution positive de l’agriculture après les récoltes désastreuses de l’an passé. Aux Etats-Unis, les ouragans de l’été pourraient avoir un impact négatif sur le troisième trimestre compensé par un quatrième trimestre dynamique grâce aux dépenses de reconstruction. Enfin, les grandes économies émergentes connaissent un regain d’activité : le Brésil et la Russie devraient sortir de la récession cette année, la Chine stabilise son activité à un rythme supérieur à 6,5% l’an. L’Inde qui a connu d’importantes réformes – démonétisation de la roupie et introduction d’une TVA générale – subit le contrecoup de ces changements, mais maintient tout de même un rythme de croissance élevé. Depuis le printemps, le dollar s’est déprécié de près de 10% face aux principales devises du monde et notamment face à l’euro. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette évolution :

  • Un effet Trump : après avoir soulevé beaucoup d’espoirs et fait craindre que sa politique économique ne provoque une accélération de l’activité et des prix, la présidence Trump semble s’enliser dans l’immobilisme législatif.
  • Un effet Zone Euro : le dynamisme de la croissance dans les pays européens tire à la hausse la croissance de la Zone Euro, qui rattrape les Etats-Unis. L’euro a pu faire figure de refuge lors des tensions géopolitiques de l’été.
  • Un effet banques centrales : les marchés parient désormais sur un statu quo monétaire aux Etats-Unis tandis qu’ils anticipent la fin de la politique monétaire ultra accommodante de la BCE.

L’écart entre les taux 10 ans américains et allemands est au plus bas depuis le début de l’année à 1,7 points contre plus de 2,10 points en début d’année. L’inflation américaine est remontée en août et le marché de l’emploi semble toujours solide. Par ailleurs, le départ probable de Janet Yellen de la tête de la Réserve Fédérale en février nous laisse penser qu’elle pourrait vouloir lancer le programme de réduction de son bilan avant de quitter l’institution. Il reste trois réunions du comité de politique monétaire de la banque centrale américaine avant la fin de l’année.

En Zone Euro en revanche, l’inflation reste au  plus bas. L’appréciation récente de l’Euro, l’absence de hausse supplémentaire des prix du pétrole devraient maintenir les prix en-dessous des objectifs de la BCE.

De manière générale, les semaines écoulées semblent indiquer que l’activité économique est peu affectée par les évènements politiques. La menace nord-coréenne n’a que brièvement fait  trembler les marchés, y compris dans la région. Les deux tirs de missiles et l’essai nucléaire réussi en août et en septembre n’ont eu quasiment aucun impact sur les marchés boursiers. Au Japon et en Corée du Sud, pourtant aux premières loges, les marchés ont légèrement reculé peu après les évènements mais se sont repris juste après. Pourtant, la Corée du Sud pèse un poids non négligeable dans l’économie mondiale : c’est le 11e PIB mondial et le 5e pays exportateur, juste devant la France.

La dynamique de croissance devrait donc perdurer d’ici la fin de l’année. Nous restons néanmoins prudents pour l’an prochain et n’envisageons pas d’accélération supplémentaire de l’activité :

  • L’économie américaine a connu un des cycles de reprise les plus atypiques de son histoire : très long (depuis 2009) et marqué par une faible croissance. Bien que les indicateurs d’activité restent assez bien orientés, l’absence de mesures fiscales nouvelles, les tensions sur le marché du travail, pourraient conduire à un ralentissement de l’activité. La mise en œuvre par la Réserve Fédérale de son programme de réduction de son bilan, pourrait par ailleurs peser sur les rendements obligataires et par conséquent le marché du crédit.
  • En Europe continentale, la croissance est partout supérieure à son potentiel et permet un reflux notable du chômage. L’appréciation récente de l’euro réduit potentiellement la dynamique extérieure, tandis que le crédit intérieur devrait rester abondant et le pouvoir d’achat des ménages en amélioration, grâce à l’emploi et à l’absence de hausse des prix finaux.
  • La France a entamé une séquence de réformes du marché du travail et reprend le chemin de la convergence budgétaire. Ce double exercice ne va pas sans difficultés : d’une part l’impact des réformes de l’activité se mesurera dans le temps, d’autre part, les arbitrages fiscaux et budgétaires tout en favorisant la reconstitution des marges des entreprises, pèseront sur les dépenses publiques et le pouvoir d’achat des ménages.

Macroéconomiste, Le BIPE – 19/09/2017

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Publié le: 21-09-2017