Un vent d’optimisme

L’INSEE a révisé en hausse son estimation du PIB pour le 1er trimestre 2017, soit 0,4% sur un trimestre pour un acquis de croissance de 0,9%. Si cette révision de 0,1% par rapport à l’estimation initiale peut paraître anecdotique, c’est la première fois depuis longtemps que l’Institut revoit à la hausse sa première estimation. Il y a quelques semaines déjà, le FMI renchérissait sa prévision de croissance mondiale. Ces signaux indiquent que la tendance est à l’amélioration, et ce, à peu près partout dans le monde. Par ailleurs, les indicateurs de confiance du côté des ménages et des entreprises continuent à progresser. En Allemagne par exemple, l’indice IFO du climat des affaires est au plus haut depuis 1991. Plus généralement, les chiffres publiés par les instituts de statistiques nationaux sur les premiers mois de 2017 invitent à un peu plus d’optimisme et nous confortent dans notre scénario de croissance mondiale de 3,4% pour 2017.

En Europe, le risque politique systémique qui aurait pu compromettre nos prévisions semble quasiment écarté. L’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République a permis de lever l’hypothèque qui pesait sur le pays en faisant définitivement disparaitre un scénario catastrophe de « Frexit ». Les élections législatives ne constituent plus un risque majeur pour notre scénario, une majorité (même relative) semble assurée au nouveau gouvernement. De l’autre côté du Rhin, le parti d’extrême-droite AfD (« Alternative für Deutschland ») est en perte de vitesse. Selon les derniers sondages, l’AfD réunirait 7% des voix contre le double six mois plus tôt.[1] Dans le même temps, l’Union Chrétienne Démocrate (CDU) de la chancelière Merkel confirme son avance sur le parti socialiste allemand (SPD), son principal rival. A ce jour, une « Große Koalition » (CDU/CSU+SPD) semblable à celle qui gouverne actuellement le pays se dessine. Business as usual donc.


1 Sondage Forsa du 31.05.2017, 2001 personnes interrogées.


Il reste néanmoins un facteur de risque en zone euro, l’Italie faisant également face à une échéance électorale. Les principaux partis ayant réussi à s’entendre sur une réforme du mode de scrutin, des élections anticipées pourraient se tenir dès cet automne. Le Parti Démocrate de Matteo Renzi et le mouvement populiste 5 étoiles sont au coude à coude dans les sondages. Conséquence de cette annonce et face aux risques encourus, les rendements de la dette italienne à 10 ans s’écartent de la dette allemande de référence.

Dans ce contexte plutôt porteur de bonnes nouvelles, Le BIPE a présenté comme chaque année ses prévisions de croissance à moyen terme. Nous avons adopté une approche multifactorielle pour calculer la croissance potentielle des pays que nous suivons, en prenant notamment en compte la démographie, l’évolution de la productivité et l’évolution des taux d’activité des personnes. Nos modèles de prévision adoptent une approche linéaire pour tendre à horizon 5 ans vers la croissance potentielle. Pour la France, nous estimons que la croissance potentielle s’établit en moyenne sur la période à 1,3% par an.

Notre scénario à moyen terme pointe un ralentissement de l’activité dans la plupart des pays du fait de la faiblesse de la croissance démographique, qui ne serait pas compensée par une croissance de l’investissement et de la productivité suffisante. Le Japon voit sa population totale diminuer, en Allemagne la population active diminue et ne sera que marginalement compensée par l’accueil de réfugiés et la Russie souffre d’un taux de fécondité extrêmement bas et d’une espérance de vie encore faible.

Nos scénarios de moyen terme ne tiennent pas compte d’aléas conjoncturels. Nous restons vigilants face à un possible retournement conjoncturel à l’horizon 2019, au bout d’un long – bien que modéré – cycle de reprise lié aux difficultés que le Président Trump semble avoir à implémenter ses promesses de campagne.

Des problématiques statistiques rendent également la prévision à moyen terme aléatoire, notamment en raison de la mesure de la productivité qui se complique au regard de la transformation technologique et de l’apparition de nouveaux usages. Le calcul actuel de la croissance du PIB, peine à capter le développement rapide du numérique et des nouveaux modes de consommation (économie du partage notamment). La mesure de l’investissement pourrait également apparaître problématique. Aujourd’hui, ces problématiques sont déjà illustrées par un fossé grandissant entre les soft data (indicateurs de confiance) et les hard data (comptes nationaux) : alors que les agents économiques sont presque à l’euphorie, les chiffres publiés par les instituts de statistiques font état d’une croissance somme toute modeste. Une partie de cette nouvelle productivité se retrouve dans la baisse tendancielle des prix. Alors où est passée la croissance manquante ? Peut-être dans les limbes statistiques.

Macroéconomiste, Le BIPE – 07/06/2017

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Publié le: 08-06-2017