Le retour de l’inflation est-il durable ?

La fin de l’année 2016 et le premier mois de l’année 2017 ont été marqués par le retour de l’inflation. En Allemagne, les prix progressent de 1,9% sur un an en janvier ; en Espagne, ils ont déjà crû de 3%. Pour l’ensemble de la Zone Euro, les prix progressent de 1,1% en décembre sur un an, contre 0,6% le mois précédent. La tendance est la même aux États-Unis où les prix ont augmenté de 1,3% en moyenne sur l’année 2016, en nette progression par rapport à 2015 où l’évolution avait été quasi nulle (+0,1%). En contraste, l’inflation marque le pas dans les émergents après deux années record, notamment en Russie et au Brésil, dont les économies étaient en récession.

 

Ces chiffres, du jamais vu depuis 2012/2013, semblent donc indiquer que l’inflation est -enfin- revenue. Après plusieurs années de crainte de chute dans une spirale déflationniste, ces indicateurs seraient donc plutôt accueillis comme le signal d’une reprise générale de l’activité. Cette « bonne » nouvelle doit cependant être prise avec prudence :

  • Une bonne partie de la hausse est liée à des effets de base. Le niveau élevé des prix du pétrole en janvier 2017 par rapport à la base très faible du début d’année 2016 gonfle mécaniquement les prix. La stabilisation, voire la baisse possible des prix du baril, liée à la reprise de l’exploitation des pétroles de schiste aux États-Unis pourrait contribuer à contenir la hausse des prix du pétrole dans les mois qui viennent.
  • De fortes disparités subsistent entre les pays. Aux États-Unis, en Allemagne et en Espagne, l’indice des prix à la consommation accélère très nettement en janvier. Dans le même temps, l’inflation reste modérée en Italie ou en France (+0,2% sur un an et +1,4% en janvier respectivement).
  • L’inflation sous-jacente évolue peu. Elle est fortement liée à la progression des salaires et est donc corrélée avec la situation sur le marché de l’emploi. En Allemagne et aux États-Unis, où la situation est proche du plein emploi, des tensions apparaissent. Dans les autres pays, l’inflation sous-jacente reste faible. En France, on note même une décélération des prix hors alimentation et énergie en janvier 2017. Le lent reflux du chômage ne conduira pas à des hausses importantes de salaires et l’inflation sous-jacente ne devrait pas augmenter significativement à moyen terme.

 

Cette situation devrait contribuer à accroître la disparité des politiques monétaires des principales banques centrales. En Zone Euro, la BCE a réaffirmé le caractère temporaire de la poussée inflationniste et se donne encore du temps avant de faire évoluer sa politique monétaire. La Banque d’Angleterre (BoE) est prise entre deux feux. Elle a relevé ses prévisions de croissance pour l’année 2017 à 2% tout en conservant ses prévisions d’inflation (+2,7%). D’un côté, la forte dévaluation de la livre sterling suite au Brexit a des effets inflationnistes évidents. De l’autre, la BoE estime que les tensions sur le marché du travail ne sont pas suffisamment fortes pour justifier des hausses importantes de salaires et ainsi générer une forte inflation. Les futures décisions prises lors du comité monétaire dépendront principalement de l’évolution du marché du travail. Dans tous les cas, la BoE semble bien en avoir fini avec la baisse de ses taux directeurs.  Aux États-Unis, la Réserve Fédérale (Fed) a estimé que les risques à court terme étaient « globalement équilibrés » et n’a pas encore relevé ses taux directeurs après sa décision de décembre. Elle a d’ailleurs annoncé trois hausses de taux pour cette année. Mais elle se montre plus vigilante, tant sur l’ampleur que sur le calendrier du relèvement des taux directeurs. En cause, l’impact que pourrait avoir sur l’économie la mise en œuvre des politiques de relance promises par le Président Trump. La baisse de la fiscalité, les importantes dépenses d’infrastructures, le protectionnisme économique annoncés par le nouveau Président, font en effet courir à l’économie un risque de surchauffe et pourraient avoir de forts effets inflationnistes.

 

À terme, et dans un contexte de désindexation généralisée des revenus, la remontée de l’inflation et les facteurs associés pourraient peser sur la confiance des ménages en rognant le pouvoir d’achat. Les entreprises pourraient voir leurs marges touchées également. Pour l’instant, les indicateurs de confiance restent orientés à la hausse : les principaux indices PMI de confiance des directeurs d’achat, tant dans le secteur manufacturier que dans les services, restent bien ancrés au-dessus du seuil de 50, signalant une expansion de l’activité.

 

L’inflation a également un impact sur les taux souverains qui ont augmenté en début d’année. Leur remontée pourrait cependant également être attribuable à des facteurs politiques, qui pourraient peser de façon plus importante que les données économiques. Ceci se traduit notamment par l’élargissement des spreads de taux (écarts de rendements) entre certains pays de la Zone Euro (France, Italie) et l’Allemagne. Ceci reflète l’inquiétude des investisseurs face à l’incertitude entourant les élections présidentielle et législatives françaises et la situation politique en Italie. Les élections au Pays-Bas, le 15 mars prochain, constitueront un premier test  du fait de l’avancée dans les sondages du parti anti euro et anti immigration de Geert Wilders, qui  pourrait doubler son nombre de sièges à la chambre des représentants. Bien que les sondages ne lui confèrent pas de majorité à la Chambre,  le PVV  pourrait toutefois devenir un partenaire incontournable pour la formation d’une coalition. En position de force, il pourrait alors  demander la tenue d’un référendum sur la sortie des Pays-Bas de l’Union Européenne.

 

Après des années d’absence, l’inflation fera son grand retour en 2017 dans la Zone Euro. Nous pensons que ce retour si attendu ne sera que temporaire, tant les facteurs qui expliquent la hausse des prix récente sont conjoncturels, et ne débouche sur une accélération incontrôlée de l’inflation. Une accélération  durable des prix, supérieure à la croissance de la productivité serait de nature à provoquer de telles tensions. Nous pensons que les facteurs d’amélioration à l’œuvre, les tensions sur les capacités de production, la baisse des surplus de production – venus d’Asie notamment – devraient permettre de relancer l’investissement et éviter d’enclencher une telle spirale.

 

Macroéconomiste, Le BIPE – 14/02/2017

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Publié le: 14-02-2017