Jouera-t-on les prolongations en 2018 et au-delà ?

Notre étude trimestrielle le confirme : la croissance mondiale en 2017 a connu un coup d’accélérateur. Ainsi, a-t-on assisté à une nette progression du commerce mondial en 2017 à près de 5% l’an, un rythme plus revu depuis le début de la décennie et qui devrait également se poursuivre l’an prochain.

Les éléments les plus marquants en ont été :

  • Le rattrapage des Etats-Unis par l’Europe, qui devrait afficher une croissance de 2.2% cette année, grâce à une ré-accélération de la croissance en Allemagne, en France et en Italie notamment. L’Espagne a continué de croître à un rythme supérieur à 3.0%. Enfin les pays dits périphériques tels que le Portugal se redressent nettement.
  • Une croissance américaine toujours plus dynamique – bien qu’obérée par un premier trimestre décevant et les effets des passages des ouragans à l’automne – et au plein emploi.
  • La résistance de l’économie chinoise, qui poursuit sur un rythme de croissance officiel supérieur à 6,5%. Ce faisant, elle amorce un changement de cap dans son développement économique, tourné désormais vers la montée en gamme de la production (et la robotisation industrielle), l’élévation du niveau de vie de tous, la lutte contre la pollution.
  • La sortie de la récession de la Russe et du Brésil, aidés par l’amélioration des prix du pétrole et des matières premières à l’extérieur et par l’amélioration de la consommation domestique.

Les prix du pétrole sont remontés : le prix du baril de brent a franchi le seuil des $60 cet automne, pour la première fois depuis 2015, du fait de la réduction des stocks dans les pays consommateurs, tandis que les perspectives de productions sont plus contenues. D’une part,  l’accord de réduction de production entre les pays de l’OPEP et la Russie a été reconduit en novembre, d’autre part, le Venezuela en crise, voit sa production fléchir.

L’acquis de croissance de l’année laisse présager d’une bonne entrée en matière pour 2018. Nous restons convaincus de la prolongation de la croissance pour 2018 sur des rythmes équivalents à ceux de 2017. Nous introduisons également nos perspectives 2019 pour lesquelles nous tablons sur un ralentissement de l’activité globale.

A l’horizon de 2019, nous tablons sur un plateau puis un ralentissement de l’activité. Plusieurs facteurs nous paraissent justifier cette perspective :

  • La croissance réelle en se maintenant à un rythme supérieur à la croissance potentielle contribue progressivement à fermer le « gap » qui s’est ouvert depuis la crise. Les capacités de production inemployées (main d’œuvre, capital investi) sont à nouveau mises en œuvre et se raréfient progressivement, des goulots d’étranglement apparaissent. Une poursuite de la croissance à ces rythmes devrait donc finir par provoquer soit une poussée inflationniste, soit progressivement s’atténuer pour revenir vers une rythme plus compatible avec l’estimation potentielle dont le rythme n’a fait que ralentir. Bien sûr cette mesure reste entachée d’incertitude. Elle repose sur le ralentissement (voire la baisse) de la population active dans nos économies, ainsi que sur la médiocrité de l’investissement qui n’a pas retrouvé sa croissance d’avant crise. Plus difficile encore est d’estimer la productivité globale des facteurs – liée notamment (mais pas seulement) au progrès technique.
  • Les principaux pays de la planète économique sortent de la crise avec plus de dette qu’ils n’y sont entrés, qu’elle ait été accumulée dans le secteur privé ou public. Certains risquent de continuer sur cette voie. C’est le cas des Etats-Unis : la promesse d’une baisse radicale de la fiscalité, notamment à destination des entreprises, s’accompagne d’un élargissement considérable des déficits publics (un coût estimé à 1500 milliards de dollars sur 10 ans, soit près 0.8% de PIB chaque année. La Maison Blanche promet que ces déficits seront plus que compensés par les gains de croissance supplémentaires qui découleront d’une accélération de l’investissement sur le sol américain. Rien n’est moins sûr, et l’histoire prouverait plutôt le contraire. La baisse de la fiscalité sous Ronald Reagan a plutôt accru les déficits publics et extérieurs du pays. De plus, comme toutes les promesses de Donald Trump, celle-ci est à double tranchant :
    • Trop de « stimulation » fiscale et le risque inflationniste induit par ces mesures devra être contrebalancé par une accélération du resserrement monétaire, une hausse du dollar. Dans ce cas, la hausse des taux d’intérêt pèserait par trop sur la dette et rognerait les effets de la stimulation fiscale.
    • Trop peu – des mesures qui manqueraient leur cible – et la machine de la croissance s’enraye : pas assez d’investissements, peu de rapatriements de fonds, et des consommateurs désarçonnés par les changements de périmètre de fiscalité (fermetures de certaines niches fiscales par exemple, pour compenser d’autres baisses).
  • En Europe, l’année 2019 sera celle du Brexit et de l’élection d’un Parlement européen sans le Royaume Uni – comme dans le reste des institutions européennes d’ailleurs. Dans l’immédiat, la sortie anglaise de l’UE se heurte au moins à trois impasses : 1. Le statut futur des résidents européens et anglais sur les territoires anglais et européen. Au-delà de cette question c’est celle de la migration européenne qui est en cause et du principe de libre circulation des personnes qui reste un point central des partisans du Brexit. 2. Le reliquat de la contribution britannique à l’UE et qui s’élèverait selon l’UE à plus de 60 mds d’euros et représenterait plus de 2.0% du PIB du Royaume-Uni. 3. Le double de risque représenté par le statut particulier de l’Irlande du Nord : le maintien d’une frontière ouverte avec l’Irlande du Sud pose le problème du rattachement de la province à une autorité normative qui ne serait plus le Royaume Uni, dans ses relations avec l’UE. Cette option a rencontré l’opposition du parti irlandais unioniste, soutien  indispensable du gouvernement de Theresa May. D’un autre côté, la mise en oeuvre d’un statut spécial pour l’Irlande du nord est la porte ouverte à l’extension à d’autres entités du Royaume à commencer par l’Ecosse, et pourquoi pas la ville de Londres. Sur le plan économique, le Royaume Uni, voit son activité ralentir. La bonne résistance de l’année 2017 doit beaucoup à l’amélioration des exportations tirées par la baisse de la Livre et dont ont profité le tourisme et le secteur manufacturier). Mais cette tendance ne semble pas durable à mesure que les ménages anglais ne pourront plus puiser dans leur épargne pour compenser la baisse de leur pouvoir d’achat et que les exportateurs seront pénalisés par les coûts d’intrants.
  • En Chine, les intentions de son Président Xi Jinping ne s’accompagnent plus de données de conjoncture globales suffisamment incontestables pour permettre de mesurer autrement qu’à la marge les succès de la transformation économique du pays et surtout le processus d’assainissement de la dette accumulée par de nombreuses entités publiques et privées du pays. L’atterrissage en douceur et contrôlé de l’économie se manifeste au travers du ralentissement de l’immobilier d’une part et par la montée en puissance des grands groupes internet et de vente par correspondance d’autre part. Leur puissance reflète le développement de la consommation des ménages – qui représente désormais près de 40% du PIB contre 35% au début des années 2000.

Dans l’ensemble nous prévoyons  pour 2018, une croissance globale proche du niveau de celle estimée pour 2018, reflétant les acquis de croissance de fin d’année. 2019 devrait marquer le pas dans un contexte général de resserrement des conditions de crédit et de ralentissement de la consommation.

Chef économiste, Le BIPE – 07/12/2017

+

Publié le: 18-12-2017