Convergence pour convergence

L’actualité européenne de ce début d’année est chargée de messages contradictoires : Sur le plan politique, les célébrations du 60ème anniversaire de la signature du Traité de Rome masquaient mal les tensions politiques qui agitent le continent. Malgré l’affirmation de leur attachement à la construction européenne, les européens s’apprêtent à perdre l’un de leur membre, le Royaume-Uni ayant officiellement lancé les négociations pour sa sortie de l’Union. De même et malgré le score somme toute décevant du parti de M. Wilders aux Pays-Bas, les forces populistes anti-euro, voire anti-EU s’activent dans de nombreux pays : en France la campagne présidentielle est marquée par la montée en puissance des partis d’extrême droite et d’extrême gauche anti européens. C’est également le cas en Italie avec le parti 5 étoiles. De même en Pologne et en Hongrie (campagne « let’s stop Bussels » lancée par le Premier Ministre Orban), ce sont les gouvernements nationalistes eux-mêmes qui incitent à l’éloignement de l’UE.
Sur le plan conjoncturel en revanche, on assiste à une nette et générale amélioration des indicateurs d’activité depuis la fin de l’année dernière et qui se confirme et même prend de l’ampleur en ce début d’année. Les indices de confiance des directeurs des entreprises et des ménages sont presque partout à des niveaux record, plus vus depuis la crise. La production industrielle progresse. Et les perspectives d’investissement s’améliorent nettement. Par ailleurs on assiste à une remontée des prix, résultant principalement des hausses des prix de l’énergie et des produits frais, par rapport aux niveaux très déprimés de l’an passé. L’Europe profite de la reprise de la demande extérieure en provenance des Etats-Unis et des pays émergents – notamment la Chine. Sur le plan intérieur, le taux de chômage baisse partout, bien qu’il reste en moyenne bien plus élevé qu’aux États-Unis. La construction se porte bien également. De son côté la Banque Centrale Européenne (BCE) après avoir ramené le rythme de ses achats mensuels de titres à 60 mds d’euros (contre 80 mds précédemment), maintient une politique monétaire ultra accommodante, ce qui limite le potentiel d’appréciation de l’euro, tandis que les taux d’intérêt restent à peu près partout au plancher.
Ce décalage entre « l’humeur » anti-européenne et l’amélioration de l’activité résulte bien sûr de nombreux facteurs. Sur le plan économique nous en voyons au moins deux très importants :
– La montée des populismes correspond en général à la montée du chômage de masse et de longue durée dans les pays concernés. En France, la campagne électorale se cristallise autour de l’euro comme cause des maux persistants du pays, notamment son taux de chômage élevé et la perte de nombreuses industries. Le choc de la crise des réfugiés à l’automne 2015 a exacerbé les tensions en pays membres du pacte de Visgrad1 et leur voisin allemand entre autres, accusé d’avoir pris une décision unilatérale.
– Parallèlement, subsistent de fortes différences entre les pays dont la dette continue de croître et frôle voire dépasse le seuil des 100% du PIB (Italie, Espagne, France) et ceux dont la dette se réduit nettement à commencer par l’Allemagne (voir les graphiques ci-dessous).


1 Pologne, République Tchèque, Hongrie, Slovaquie


 

Ainsi, il semble bien qu’après l’Allemagne des années 90, ce soit désormais la France mais aussi l’Italie qui
soient devenues, « l’homme malade de l’Europe ». Le débat politique français à la veille de la présidentielle
s’est d’ailleurs centré sur les questions de réformes économiques d’ampleur, avec une nette division entre les
partisans d’une baisse de la dépense publique et un assouplissement du marché du travail et les défenseurs
d’une dévaluation de la monnaie par la reprise d’autonomie de la politique monétaire et accompagnée d’une
politique budgétaire de relance plus ou moins massive pour soutenir l’activité et la réindustrialisation.
Suivant le verdict des urnes, la France pourrait donc être le prochain grand pays à engager d’importantes
réformes de fond, visant à réduire sa dette et son taux de chômage structurel (estimé à près de 9%). Après le
Royaume Uni et l’Irlande des années 80, la Suède des années 90 et l’Allemagne des années 2000, le
gouvernement sortant a entamé un processus de réforme allant dans ce sens, mais qui a rencontré
d’importantes oppositions internes, donnant lieu – comme en Allemagne – à une rupture marquée au sein de
la gauche.
Il n’en reste pas moins que le processus de réforme dont il est question est assez douloureux dans sa mise
en oeuvre et ne porte ses fruits qu’au bout de quelques années, parfois au-delà d’un cycle électoral.
Il est clair que l’appartenance à une zone économique intégrée comme l’Union Européenne et à fortiori la
zone euro, parce qu’elle s’accompagne d’une forte imbrication des échanges commerciaux, comme de
capitaux, imprime aux pays membres des contraintes de convergence en matière de politique économique
assez marquée. C’est le sens de ces mouvements, c’était l’intention de ses fondateurs.

Chef Economiste, Le BIPE – 11/04/2017

+

Publié le: 17-04-2017